groupe d'enfants couchés sur le ventre, le sourire aux lèvres

Selon une étude menée par l’UNICEF, en 2014, portant sur plusieurs milliers d’enfants français, âgés de 6 à 18 ans, 40% d’entre eux éprouveraient une souffrance psychologique ; 69% avoueraient être parfois angoissés de ne pas assez bien réussir à l’école. Selon d’autres études statistiques, 30% des adolescents auraient des pensées suicidaires, et 11% d’entre eux auraient déjà tentés de passer à l’acte. Bien que ces chiffres inquiétants ne relatent pas directement le burn out chez l’enfant, ils laissent imaginer l’ampleur de ce « mal de société ». Si aucune étude n’a encore été réalisée pour mesurer le phénomène, de plus en plus de pédiatres, psychologues et psychothérapeutes confirment sa réalité et tirent la sonnette d’alarme. Ils sont de plus en plus nombreux à être consultés pour des enfants épuisés, surmenés.

ours tristesseJusqu’à présent, le terme de burn out était surtout utilisé pour traduire l’état de surmenage professionnel vécu par les adultes, mais il commence à être employé également pour décrire l’état d’épuisement physique et psychologique dont les enfants souffrent aujourd’hui de plus en plus. Bien que ceux-ci ne soient pas encore engagés dans un travail à proprement parler, certains spécialistes osent pourtant parler du « métier d’enfant » pour faire le rapprochement avec le stress professionnel vécu par les adultes. L’intense pression scolaire, sociale et parentale, vécue par l’enfant dès son plus jeune âge, justifie complètement l’usage de cette expression. Les attentes du « système » actuel sont énormes et pèsent de tout leur poids sur la constitution des enfants qui n’y sont absolument pas préparés, et qui ne devraient même pas avoir à l’être, tant ces attentes vont à l’encontre de l’éveil de leur nature véritable.

Les exigences du monde moderne créent chez l’enfant un stress qui nuit gravement à son développement, à son identité et à son intégrité. Très tôt, on lui fait comprendre qu’il doit réussir, être parfait, être le meilleur, pour avoir une chance d’être valorisé socialement et trouver plus tard un « bon » travail lui permettant de bien gagner sa vie et d’être protégé de la précarité. Aussi, même si cela n’est pas exprimé, l’enfant ressent la pression des parents qui comptent sur sa réussite pour flatter leur ego, compenser leurs propres manques par procuration et éviter les jugements réprobateurs des autres adultes au cas où leur enfant n’entrerait pas dans la « norme ».

Cet impératif de conformité avec les consensus imposés par le « système », joue un rôle prépondérant dans le phénomène du burn out chez l’enfant, tout comme chez l’adulte d’ailleurs. Beaucoup d’adultes craignent d’être exposés au jugement s’ils ne rentrent pas « dans le moule » en matière d’éducation et de mode de vie, et transmettent leurs craintes à l’enfant qui est une véritable éponge émotionnelle, et qui comprend dès lors bien trop vite qu’il lui faut atteindre − voire dépasser − les standards de performance pour être lui aussi reconnu et valorisé. Cette fausse croyance le maintient dans la peur de ne pas y arriver et le rend névrosé, anxieux, déprimé. Cette pression immense qu’il s’inflige est d’autant plus pernicieuse qu’elle n’est pas contrebalancée par des moments durant lesquels il bénéficierait d’un espace propice au lâcher-prise.

Cela soulève un autre problème. De nos jours, prendre le temps de s’occuper de l’enfant a tendance à être perçu comme ringard, dépassé, « vieille école ». L’adulte se sent contraint de surcharger l’enfant d’activités en tout genre pour « faire comme tout le monde » et pour se ménager, pour lui-même seulement, des espaces de « paix » devenus, il faut le dire, vitaux dans ce monde moderne où tout va de plus en plus vite et où l’on doit travailler toujours plus pour joindre les deux bouts. Dans ce rythme de vie infernal, l’enfant n’a plus de temps pour lui, pour rêver, pour jouer[1], pour exprimer sa créativité ou tout simplement pour ne rien faire et décompresser lui aussi.

Le système éducatif voudrait que l’enfant soit déjà un « petit adulte », et on le lui fait comprendre en lui donnant des responsabilités incompatibles avec son âge. L’enfant ainsi mal orienté dans ses activités et dans son rôle ne peut plus compter sur les repères dont il a impérativement besoin pour se construire un ego bien structuré. Il doit satisfaire les besoins du monde extérieur avant les siens, quand il ne doit pas carrément les refouler sous prétexte qu’ils n’entrent pas dans la case du conformisme. Cette uniformisation de l’enfant lamine son identité et brime ses aspirations profondes, celles de son âme, dont l’éveil est pourtant la seule et unique voie par laquelle il peut goûter au bonheur. Le contraindre ainsi à faire des choses pour lesquelles il ne ressent pas un élan naturel, le déstabilise, le désoriente. Dans ce contexte, sa vie semble perdre tout son sens, et cela le stresse et le déprime davantage encore.

Un enfant bien dans sa peau et heureux ne devrait pas être une exception comme c’est le cas aujourd’hui, mais une constante. Si le système actuel rend l’enfant malade et malheureux, c’est qu’il est dysfonctionnel et inadapté, et qu’il doit par conséquent être réformé. Or, la réforme d’un système n’est possible que si les croyances et les comportements des individus qui l’entretiennent, changent. Voilà où nous en sommes : si nous n’amorçons pas un changement rapide des mentalités et des habitudes, et si nous n’opérons pas une redéfinition des valeurs qui mènent actuellement notre monde à la dérive, les enfants continueront à souffrir, et cela ira de mal en pis.

Si nous voulons inverser cette tendance dramatique et redonner une chance à l’enfant, non seulement de vivre une vie digne, mais aussi de bâtir un monde dans lequel les êtres humains pourront vivre en harmonie, c’est maintenant que nous devons agir, avec courage et conviction. Ce n’est pas une option, mais un devoir, du moins pour toute personne qui se sent sensibilisée par cette impérieuse nécessité.


[1] Je rappelle que « jouer » est un des besoins fondamentaux de l’être humain, tous âges confondus !

 

Source de l'article :

Livre "Un Voyage en Méditation", écrit par Elan Sarro.

 

Informations complémentaires à cet article :

Article : http://madame.lefigaro.fr/enfants/burn-out-enfants-craquage-surmenage-ecole-040416-113692

Podcast : http://www.rts.ch/play/radio/egosysteme/audio/le-burnout-des-enfants?id=7618220